ATELIER HERNANDEZ & FERNANDEZ

HERNANDEZ ET FERNANDEZ
De Buenos Aires à Paris
Hernandez & Fernandez
Crayon couleur sur toile écrue
1997
Il est certaines rencontres qui se teintent rapidement des couleurs de la providence. Sauf que la providence se mérite.
C’est en 1997 que Victor SFEZ voit s’ouvrir la porte de sa galerie d'art située sur la rive gauche de Paris, rue des Grands Augustins, sur un personnage à l'apparence singulière. Il se nomme Ricardo FERNANDEZ et affiche un physique agréable à l’approche plutôt sévère. L’entrevue débutera sur une note quelque peu incongrue. Tardant à présenter son press-book à un interlocuteur de plus en plus intrigué, le peintre se met à s’exprimer à contre-courant de toute valorisation de son travail. Il ira jusqu’à prétendre que cette recherche purement expérimentale ne trouvera jamais acquéreur. Que cette production n’intéresse personne, à part peut-être quelques rares initiés… !
Il n’en faudra pas plus à Victor SFEZ pour se jeter à corps perdu dans le soutien inconditionnel de cette œuvre au demeurant remarquable. Il apprend que Fernandez est associé de manière fusionnelle à Alicia HERNANDEZ, sa compagne, dans une osmose totale et quasi mystique.
Dès lors, le galeriste n’aura de cesse que de propulser leur remarquable recherche aussi bien dans son espace parisien, qu’hors ses murs, dans les arcanes des meilleurs salons d’art internationaux.
Hernandez & Fernandez
Crayon couleur sur toile écrue
1997
Pas à pas, au fil du temps, il deviendra un expert émérite de cette œuvre au rendu d’une vibration chromatique explosive; une technique irréprochable, une recherche de langage dont les codes ne sont pas à la portée du visiteur lambda et dont le galeriste saura donner la clé à qui saura la solliciter - alphabets Morse, Braille, pictogrammes...

Hernandez & Fernandez
Crayon couleur sur toile écrue
1997
L’art construit peut comporter une approche de lecture en apparence facile, car esthétique. Mais dans ce concerto à quatre mains, on devine une alchimie des formes très maitrisée. C’est probablement parce qu’ils étaient architectes de formation, que leur lieu de recherche les a conduits à cette réelle matérialisation de l’intervalle. Ce qui résulte de la personalisation de l'ensemble: couleur/paradigme et langage: transcender les fondamentaux était manifestement l'une de leurs principales motivations, sans pour autant occulter la notion poétique, très présente de part et d'autre dans leurs propositions.Artistes minimalistes, héritiers de DUCHAMP, MALEVITCH, JUDD, LEWITT... pour HERNANDEZ et FERNANDEZ, la couleur est l’œuvre. La formulation ésothérique de la couleur brassée sera la quête de toute leur vie. Les tableaux sont présentés en solo, duo ou trio. Dans cette partition, l’œil ne se perdra jamais dans les marges d’un espace non délimité.
Nul ne saura jamais quel fut l'apport de l'un ou de l'autre dans cette démarche conjointe. 
A la fin des années quatre-vingt-dix, ils réalisent des boîtes en aggloméré; sorte de musées transportables et compartimentés, qui permettent d’assembler de petits formats sériels et d’en proposer un exemplaire détaché de l’ensemble; à la manière de lutrins.
Pour parvenir la vibration des œuvres monochromes, ils utilisent un nombre incalculable de pigments différents. Séduit, Victor SFEZ leur propose ses cimaises en 2001 pour une série d’expositions à contre-courant qui résonne comme un défi: quatre accrochages différents, couleur après couleur sur quatre semaines consécutives. Personne à Paris n’a oublié les affiches monochromes géantes : rouge, violet, bleu, orange. Un très grand succès commercial et une couverture médiatique hors du commun!


Hernandez & Fernandez
Crayon couleur sur toile écrue
1997
La belle histoire d’amour entre les créateurs, la création et le galeriste durera une dizaine d’années. Des années constructives que jamais l’usure du temps ni les modes ne viendront altérer.
Le phénomène HERNANDEZ et FERNANDEZ fonctionne bien au-delà des tendances; Il est unique, universel et s'est inscrit tout naturellement dans les grands mouvements de l'art contemporain de ce siècle
C’est maintenant que le travail commence pour Victor SFEZ, qui s’est vu à son grand étonnement, suite à la disparition d’Alicia en 2012 - soit six ans après le décès de Ricardo - désigné comme légataire testamentaire de cette œuvre colossale, tant par le nombre que par la qualité.
Aujourd’hui, Victor SFEZ est investi d’un devoir de mémoire envers ces deux comètes, dont il n’aura été que la seule famille dans les dernières années de leur vie si riche en créativité. Une filiation bien délicate !
Hors de question pour lui de galvauder une production d’une telle excellence et si chargée en émotions partagées. Cet héritage, il souhaite désormais le transmettre dans un réel souci d'exigence, bien au-delà des frontières du monde de la simple spéculation. C’est dans cette perspective qu' il se consacre à la recherche de structures, à la hauteur de leur immense talent et ouvertes sur les voies de la communication la plus contemporaine possible.



 Mylène VIGNON - Critique d’Art